Les domaines SST : pourquoi ces boîtes, et comment les lire
WeatherNCo calcule chaque jour des indicateurs de température de surface de la mer sur dix domaines, des bassins qui bordent la France aux zones de référence des grands modes de variabilité climatique. Chaque fiche explique la raison d’être de l’emprise, les usages auxquels elle répond, la manière d’interpréter l’indicateur et ses limites, avec les publications qui fondent le choix du domaine.
MMéthode commune
Tous les indicateurs reposent sur NOAA OISST v2.1 (Optimum Interpolation Sea Surface Temperature, NOAA/NCEI) : une analyse quotidienne sur une grille de 0,25°, disponible depuis septembre 1981, qui combine par interpolation optimale les mesures infrarouges des radiomètres AVHRR et les observations in situ des navires, des bouées et des flotteurs Argo. Les points terrestres sont masqués ; la moyenne de chaque boîte est pondérée par le cosinus de la latitude, pour que chaque maille compte selon sa surface réelle.
Les anomalies sont calculées par rapport à la normale OMM 1991–2020, complétée par la période 1982–2010 et par des références glissantes de 30, 20, 10 et 5 ans. L’indicateur de l’Atlantique Nord est relatif : il retranche à sa boîte la moyenne quasi globale 60°S–60°N, selon le même principe que le RONI du NOAA CPC pour ENSO.
D’un produit à l’autre, les valeurs diffèrent un peu. OSTIA (UK Met Office, diffusé par Copernicus Marine), utilisé notamment par les services de recherche de Météo-France, repose sur une grille de 0,05° et un autre mélange de capteurs. Les écarts sont négligeables sur un grand bassin, mais peuvent devenir sensibles sur un domaine restreint et côtier, surtout lors d’épisodes de variation rapide comme les coups de mistral.
VVue d’ensemble des domaines
| Domaine | Emprise | Raison d’être | |
|---|---|---|---|
| 1. MondeDomaine quasi global | 60°S à 60°N 180°O à 180°E |
Domaine « World » de Climate Reanalyzer. | |
| 2. MéditerranéeBassin méditerranéen | 30°N à 46°N 6°O à 36°E |
Mer semi-fermée qui se réchauffe plus vite que l’océan mondial. | |
| 3. MancheManche et pas de Calais | 48°N à 51°N 4,8°O à 2°E |
Mer brassée par la marée, dont la surface suit la température de l’air. | |
| 4. Méditerranée Nord-OuestGolfe du Lion et mer Ligure | 39°N à 45°N 1°O à 11°E |
Source d’énergie des épisodes méditerranéens d’automne et lieu de la convection hivernale profonde. | |
| 5. Golfe de GascognePlateau et bassin de Gascogne | 43°N à 48°N 6°O à 0° |
Transition plateau / océan ouvert sur la trajectoire des dépressions atlantiques. | |
| 6. Niño 3.4Zone de référence ENSO | 5°S à 5°N 170°O à 120°O |
Boîte de référence ENSO. | |
| 7. WTIOPôle ouest de l’Indian Ocean Dipole | 10°S à 10°N 50°E à 70°E |
Pôle ouest de l’IOD (Saji et al., 1999), repris par le BOM et la NOAA. | |
| 8. MogadiscioBande côtière, upwelling du courant somalien | 0° à 5°N 44,5°E à 50°E |
Ce que voit le littoral : humidité pour la convection côtière, eaux de surface pour les opérations. | |
| 9. Atlantique Nord relatifAnalogue AMO selon Trenberth et Shea (2006) | 0° à 60°N 80°O à 0° |
Atlantique Nord moins la bande 60°S–60°N : le réchauffement global est retiré. | |
| 10. MDRMain Development Region, genèse cyclonique atlantique | 10°N à 20°N 85°O à 20°O |
Bande de genèse des cyclones atlantiques, Caraïbes incluses. |
1Monde
Domaine quasi global
La moyenne de surface de l’océan entre 60°S et 60°N résume l’état thermique de la quasi-totalité de l’océan libre de glace. Les hautes latitudes sont écartées à dessein : la glace de mer y bloque la température de surface au voisinage du point de congélation, et l’analyse satellite y perd l’essentiel de sa fiabilité. C’est la convention retenue par Climate Reanalyzer (University of Maine), ce qui rend la courbe directement comparable à celle qui circule le plus largement.
Parce qu’il intègre une masse d’eau dont la capacité thermique est sans commune mesure avec celle de l’atmosphère, cet indicateur varie lentement. Quelques dixièmes de degré d’anomalie représentent une quantité d’énergie considérable, et un écart durable signale un changement d’état de fond plutôt qu’un accident météorologique.
Toile de fond de tous les indicateurs régionaux, et dénominateur des indices relatifs : l’Atlantique Nord relatif (zone 9) lui retranche cette moyenne, selon la même logique que le RONI du CPC pour ENSO. Support de communication sur les records thermiques océaniques.
Comparer à la normale OMM 1991–2020. Suivre le décalage avec ENSO : la température moyenne du globe culmine en général quelques mois après le pic de Niño 3.4. Une hausse marquée alors que Niño 3.4 reste neutre oriente vers d’autres contributions (forçage, autres bassins).
Signal dominé par les grandes surfaces tropicales et australes. L’Arctique, qui se réchauffe le plus vite, est exclu. Une moyenne globale peut masquer des anomalies régionales de signes opposés.
- Huang, B. et al. (2021). Improvements of the Daily Optimum Interpolation Sea Surface Temperature (DOISST) Version 2.1. Journal of Climate, 34, 2923–2939.
- Trenberth, K. E., Caron, J. M., Stepaniak, D. P. et Worley, S. (2002). Evolution of El Niño–Southern Oscillation and global atmospheric surface temperatures. Journal of Geophysical Research, 107(D8), 4065.
- Climate Change Institute, University of Maine. Climate Reanalyzer, Daily Sea Surface Temperature (OISST v2.1, 60°S–60°N).
2Méditerranée
Bassin méditerranéen
La Méditerranée est une mer semi-fermée, reliée à l’Atlantique par le seul détroit de Gibraltar. En été, sa couche de mélange s’amincit et la surface répond vite au forçage atmosphérique. Les séries satellitaires montrent un réchauffement de surface nettement plus rapide que la moyenne mondiale depuis le début des années 1980, ce qui en fait l’un des points chauds climatiques reconnus.
Suivre le bassin entier permet de distinguer un signal méditerranéen d’ensemble d’une anomalie propre à un sous-bassin, en particulier par comparaison avec la Méditerranée Nord-Ouest (zone 4).
Détection et suivi des canicules marines et de leurs effets sur les écosystèmes (mortalités massives d’organismes fixés). Évaluation de l’énergie disponible pour les dépressions méditerranéennes et les épisodes de pluies intenses. Contexte pour l’aquaculture, le tourisme et les opérations en mer.
Lire l’anomalie au regard du cycle saisonnier, très marqué. Une anomalie positive persistante, au-dessus du 90e centile climatologique pendant au moins cinq jours, répond à la définition usuelle d’une canicule marine (Hobday et al., 2016). Comparer avec la zone 4 pour savoir si le signal est généralisé ou régional.
Une boîte rectangulaire n’épouse pas le bassin : elle inclut l’ouest de la mer Noire et le sud-est du golfe de Gascogne, aux cycles saisonniers différents. Le fort gradient ouest-est et les contrastes Adriatique/Égée sont masqués par la moyenne.
- Pisano, A. et al. (2020). New evidence of Mediterranean climate change and variability from sea surface temperature observations. Remote Sensing, 12(1), 132.
- MedECC (2020). Climate and Environmental Change in the Mediterranean Basin: Current Situation and Risks for the Future. First Mediterranean Assessment Report.
- Garrabou, J. et al. (2022). Marine heatwaves drive recurrent mass mortalities in the Mediterranean Sea. Global Change Biology, 28(19), 5708–5725.
- Hobday, A. J. et al. (2016). A hierarchical approach to defining marine heatwaves. Progress in Oceanography, 141, 227–238.
3Manche
Manche et pas de Calais
La Manche est une mer de plateau peu profonde, soumise à des courants de marée parmi les plus forts d’Europe. Dans sa partie orientale, la marée brasse la colonne d’eau de la surface au fond toute l’année ; à l’ouest, une stratification saisonnière s’installe au printemps, séparée des eaux mélangées par des fronts de marée comme le front d’Ouessant. Le critère de Simpson et Hunter, qui rapporte la profondeur à l’intensité du courant de marée, rend compte de cette géographie.
Dans une eau ainsi brassée, la température de surface suit de près celle de l’air des semaines précédentes. L’indicateur est donc un capteur sensible des épisodes chauds ou froids sur le nord-ouest de l’Europe.
Brouillards d’advection au printemps et au début de l’été, lorsque de l’air doux et humide circule sur une eau encore froide. Canicules marines du plateau nord-ouest européen, comme en juin 2023. Conchyliculture, pêche, éolien en mer, dont la couche limite dépend de la stabilité au-dessus de l’eau.
Une anomalie positive au printemps traduit un réchauffement précoce de la colonne d’eau. Pour le brouillard, c’est l’écart entre le point de rosée de l’air et la température de l’eau qui compte : quand le premier dépasse la seconde, le risque augmente. L’anomalie s’efface ou s’inverse rapidement avec un changement de régime de temps.
Mer étroite, avec une forte part de mailles côtières où OISST interpole davantage, notamment sous couverture nuageuse. Le bord ouest à 4,8°O exclut la mer d’Iroise et le front d’Ouessant ; le nord de la boîte mord sur une frange de la mer Celtique, au large du nord de la Cornouailles.
- Simpson, J. H. et Hunter, J. R. (1974). Fronts in the Irish Sea. Nature, 250, 404–406.
- Pingree, R. D. et Griffiths, D. K. (1978). Tidal fronts on the shelf seas around the British Isles. Journal of Geophysical Research, 83(C9), 4615–4622.
- Berthou, S. et al. (2024). Exceptional atmospheric conditions in June 2023 generated a northwest European marine heatwave which contributed to breaking land temperature records. Communications Earth & Environment, 5, 287.
4Méditerranée Nord-Ouest
Golfe du Lion et mer Ligure
Cette boîte réunit le golfe du Lion, la mer Ligure et la mer des Baléares, c’est-à-dire le réservoir maritime qui alimente directement le sud de la France. À l’automne, une mer encore chaude fournit l’humidité et la chaleur latente qui nourrissent les épisodes méditerranéens. Les expériences numériques ont montré que les cumuls et la localisation de ces pluies sont sensibles à la température de surface, et la campagne HyMeX a été conçue pour étudier ces mécanismes.
L’hiver, la même zone est le siège d’un phénomène rare à l’échelle du globe : la convection océanique profonde du golfe du Lion, déclenchée par le refroidissement et l’évaporation qu’imposent le mistral et la tramontane, et décrite dès 1969 par le groupe MEDOC.
Vigilance automnale vis-à-vis des épisodes méditerranéens, où l’anomalie de surface est un ingrédient du potentiel et non un prédicteur à elle seule. Suivi des canicules marines de la mer Ligure. Navigation, courses au large, aquaculture.
Une anomalie chaude en septembre ou octobre accroît l’énergie disponible, mais le déclenchement dépend de la configuration synoptique : goutte froide, flux de sud, convergence sur le relief. Une chute brutale après un coup de mistral signe un upwelling côtier ou un mélange vertical ; la moyenne de boîte en donne une image atténuée.
Les cellules d’upwelling côtier font quelques kilomètres de large et sont lissées par la grille de 0,25°. OSTIA, plus fin, peut s’écarter localement d’OISST lors de ces épisodes rapides. La boîte inclut aussi une bande de la mer Tyrrhénienne à l’est de la Corse.
- MEDOC Group (1970). Observation of formation of deep water in the Mediterranean Sea, 1969. Nature, 227, 1037–1040.
- Lebeaupin, C., Ducrocq, V. et Giordani, H. (2006). Sensitivity of torrential rain events to the sea surface temperature based on high-resolution numerical forecasts. Journal of Geophysical Research, 111, D12110.
- Ducrocq, V. et al. (2014). HyMeX-SOP1: The field campaign dedicated to heavy precipitation and flash flooding in the northwestern Mediterranean. Bulletin of the American Meteorological Society, 95(7), 1083–1100.
- Millot, C. (1999). Circulation in the Western Mediterranean Sea. Journal of Marine Systems, 20, 423–442.
5Golfe de Gascogne
Plateau et bassin de Gascogne
Le golfe de Gascogne est la zone de transition entre le large plateau armoricain et aquitain et la plaine abyssale, sur la route des dépressions atlantiques qui abordent l’Europe de l’Ouest. Plusieurs mécanismes y laissent une empreinte en surface : le courant de pente le long du talus, l’intrusion hivernale d’eaux chaudes venues du sud le long des côtes ibériques, que les océanographes nomment « Navidad » en raison de son apparition vers Noël, et les panaches de la Loire et de la Gironde.
L’indicateur décrit ainsi le milieu marin que rencontrent les flux d’ouest avant leur arrivée sur la façade atlantique française.
Pêche (anchois, thon), opérations en mer, contexte des tempêtes côtières et des canicules marines comme celle de 2022. Lecture conjointe avec l’Atlantique Nord relatif (zone 9) pour situer une anomalie locale dans son bassin.
En hiver, une anomalie chaude dans le sud du golfe peut traduire une année à Navidad marquée. En été, l’anomalie reflète surtout la stratification du plateau et l’ensoleillement. Si l’Atlantique Nord relatif est neutre alors que Gascogne est chaude, le signal est régional.
La moyenne mêle des eaux de plateau, qui réagissent vite à l’atmosphère, et des eaux profondes, plus inertes. Au printemps, les panaches fluviaux forment des couches de surface minces, chaudes et dessalées. La boîte, adossée au méridien 0, demande un traitement particulier en convention 0 à 360°.
- Pingree, R. D. et Le Cann, B. (1990). Structure, strength and seasonality of the slope currents in the Bay of Biscay region. Journal of the Marine Biological Association of the UK, 70, 857–885.
- Frouin, R., Fiúza, A. F. G., Ambar, I. et Boyd, T. J. (1990). Observations of a poleward surface current off the coasts of Portugal and Spain during winter. Journal of Geophysical Research, 95(C1), 679–691.
- Garcia-Soto, C., Pingree, R. D. et Valdés, L. (2002). Navidad development in the southern Bay of Biscay: Climate change and swoddy structure from remote sensing and in situ measurements. Journal of Geophysical Research, 107(C8).
- Koutsikopoulos, C. et Le Cann, B. (1996). Physical processes and hydrological structures related to the Bay of Biscay anchovy. Scientia Marina, 60(Suppl. 2), 9–19.
6Niño 3.4
Zone de référence ENSO
Barnston, Chelliah et Goldenberg ont montré en 1997 que cette portion du Pacifique équatorial central est celle dont la température de surface est la plus étroitement liée à la réponse atmosphérique d’ENSO. Elle sert depuis de base à l’Oceanic Niño Index (ONI) de la NOAA et aux définitions opérationnelles d’El Niño et de La Niña.
Le réchauffement de fond a toutefois fragilisé l’indice brut : une anomalie mesurée par rapport à une normale fixe tend à surestimer les épisodes chauds. Depuis février 2026, le Climate Prediction Center privilégie le Relative Oceanic Niño Index (RONI), qui retranche à Niño 3.4 la moyenne de la ceinture tropicale 20°S–20°N, avec un ajustement pour conserver la variabilité de l’ONI.
Suivi d’ENSO et de ses téléconnexions, base de la prévision saisonnière. Lien avec les autres indicateurs : décalage de la moyenne globale (zone 1), effet d’El Niño sur la saison cyclonique atlantique par le cisaillement de vent au-dessus de la MDR (zone 10).
Les seuils opérationnels de ±0,5 °C s’appliquent à une moyenne glissante sur trois mois, maintenue sur cinq saisons consécutives. Les valeurs quotidiennes affichées ici sont bruitées par les ondes de Kelvin et les coups de vent d’ouest : regarder la tendance sur trente jours. Comparer l’anomalie brute à l’évolution de la ceinture tropicale pour approcher la lecture relative.
Le CPC s’appuie sur ERSSTv5 et non sur OISST, et lisse sur trois mois ; les valeurs peuvent donc différer légèrement. Une anomalie brute n’est pas un RONI.
- Barnston, A. G., Chelliah, M. et Goldenberg, S. B. (1997). Documentation of a highly ENSO-related SST region in the equatorial Pacific. Atmosphere-Ocean, 35(3), 367–383.
- Trenberth, K. E. (1997). The definition of El Niño. Bulletin of the American Meteorological Society, 78, 2771–2777.
- van Oldenborgh, G. J. et al. (2021). Defining El Niño indices in a warming climate. Environmental Research Letters, 16, 044003.
- L’Heureux, M. L. et al. (2024). A relative sea surface temperature index for classifying ENSO events in a changing climate. Journal of Climate, 37.
- Gray, W. M. (1984). Atlantic seasonal hurricane frequency. Part I: El Niño and 30 mb quasi-biennial oscillation influences. Monthly Weather Review, 112, 1649–1668.
- NOAA CPC, annonce du Relative Oceanic Niño Index (février 2026).
7WTIO
Pôle ouest de l’Indian Ocean Dipole
C’est la boîte occidentale définie par Saji et al. (1999) pour le Dipole Mode Index (DMI), différence entre le pôle ouest et le pôle est (SETIO, 10°S–0°, 90°E–110°E). Le Bureau of Meteorology australien et la NOAA l’ont reprise telle quelle, ce qui rend l’indicateur directement comparable au DMI publié.
L’intérêt de suivre le pôle ouest isolément est de pouvoir décomposer un DMI positif : provient-il d’un réchauffement réel à l’ouest, ou surtout d’un refroidissement à l’est ? La réponse change la lecture des impacts sur l’Afrique de l’Est.
Pluies courtes d’octobre à décembre en Afrique de l’Est, sécheresses du sud-est australien, modulation de la mousson indienne. Lecture conjointe avec la boîte côtière de Mogadiscio (zone 8).
Le BOM retient un épisode IOD lorsque le DMI dépasse ±0,4 °C pendant au moins huit semaines. Les épisodes se développent de mai à juillet, culminent de septembre à novembre et se dissipent avec l’inversion de la mousson. Après un El Niño, l’océan Indien se réchauffe dans son ensemble (effet « condensateur ») : WTIO peut alors monter sans qu’il y ait de dipôle.
WTIO seul ne définit pas l’IOD. Le bord ouest à 50°E laisse de côté la frange côtière somalienne et son upwelling.
- Saji, N. H., Goswami, B. N., Vinayachandran, P. N. et Yamagata, T. (1999). A dipole mode in the tropical Indian Ocean. Nature, 401, 360–363.
- Black, E., Slingo, J. et Sperber, K. R. (2003). An observational study of the relationship between excessively strong short rains in coastal East Africa and Indian Ocean SST. Monthly Weather Review, 131, 74–94.
- Xie, S.-P. et al. (2009). Indian Ocean capacitor effect on Indo–western Pacific climate during the summer following El Niño. Journal of Climate, 22, 730–747.
- Ummenhofer, C. C. et al. (2009). What causes southeast Australia’s worst droughts? Geophysical Research Letters, 36, L04706.
- Bureau of Meteorology, Climate Driver Update (ENSO et IOD).
8Mogadiscio
Bande côtière, upwelling du courant somalien
C’est la boîte qui dit ce que voit réellement le littoral. Le courant somalien s’inverse avec la mousson ; de juin à septembre, sous la mousson de sud-ouest, il remonte vers le nord le long de la côte et provoque un upwelling intense. Le système s’organise en deux gyres : le gyre sud tourne vers le large vers 3 à 5°N, avec un coin d’eau froide à son flanc nord, et le Great Whirl se forme plus au nord, vers 8 à 10°N.
La boîte de 0 à 5°N capte le coin froid du gyre sud. Les points terrestres étant masqués dans OISST, le fait que la boîte morde sur la côte ne fausse pas la moyenne.
Humidité disponible pour la convection côtière, état des eaux de surface pour les opérations portuaires et la pêche. Les pluies côtières d’Afrique de l’Est sont sensibles aux températures locales de surface.
Une baisse marquée de juin à septembre est normale : c’est la signature de l’upwelling. C’est l’anomalie par rapport à la normale saisonnière qui renseigne sur la vigueur de la mousson. WTIO chaud et Mogadiscio froid indiquent un upwelling actif malgré un océan ouvert chaud.
Petite boîte d’environ 440 mailles, plus bruitée au jour le jour. Le Great Whirl est hors domaine. En été, les poussières en suspension au-dessus de la mer d’Arabie peuvent perturber les mesures infrarouges AVHRR : prudence sur les valeurs isolées.
- Schott, F. A. et McCreary, J. P. (2001). The monsoon circulation of the Indian Ocean. Progress in Oceanography, 51, 1–123.
- Schott, F. A., Xie, S.-P. et McCreary, J. P. (2009). Indian Ocean circulation and climate variability. Reviews of Geophysics, 47, RG1002.
- Beal, L. M. et Donohue, K. A. (2013). The Great Whirl: Observations of its seasonal development and interannual variability. Journal of Geophysical Research: Oceans, 118, 1–13.
- Black, E., Slingo, J. et Sperber, K. R. (2003). Monthly Weather Review, 131, 74–94 (voir zone 7).
9Atlantique Nord relatif
Analogue AMO selon Trenberth et Shea (2006)
L’indice classique de l’oscillation atlantique multidécennale (AMO) d’Enfield et al. (2001) retire de la série de l’Atlantique Nord une tendance linéaire. Or le réchauffement forcé n’est pas linéaire. Trenberth et Shea (2006) ont proposé de lui soustraire plutôt la moyenne quasi globale 60°S–60°N : ce qui reste est la part de l’anomalie propre à l’Atlantique Nord.
Cet indicateur réutilise donc directement le domaine Monde (zone 1). Il fournit le cadre de bassin qui manque pour lire Gascogne et Manche : une anomalie locale est-elle européenne, nord-atlantique, ou simplement globale ?
Contexte des étés européens, des pluies sahéliennes et de l’activité cyclonique atlantique, que la littérature associe aux phases chaudes et froides de l’Atlantique Nord. Arrière-plan des zones 3, 5 et 10.
Une valeur positive signifie que l’Atlantique Nord est plus chaud que l’océan mondial dans son ensemble. Avec une série commençant en 1991, on ne peut pas résoudre une variabilité de 60 à 80 ans : il faut lire une anomalie relative, non une phase de l’AMO. La nature même de cette variabilité reste débattue, entre rôle de la circulation méridienne de retournement (AMOC) et forçage externe, notamment par les aérosols.
Ce n’est pas l’indice officiel de la NOAA, qui repose sur une série plus longue et un traitement différent. La boîte inclut la mer des Caraïbes, la mer d’Alboran, une partie de la mer du Labrador et le nord du golfe de Guinée.
- Trenberth, K. E. et Shea, D. J. (2006). Atlantic hurricanes and natural variability in 2005. Geophysical Research Letters, 33, L12704.
- Enfield, D. B., Mestas-Nuñez, A. M. et Trimble, P. J. (2001). The Atlantic multidecadal oscillation and its relation to rainfall and river flows in the continental U.S. Geophysical Research Letters, 28(10), 2077–2080.
- Sutton, R. T. et Hodson, D. L. R. (2005). Atlantic Ocean forcing of North American and European summer climate. Science, 309, 115–118.
- Knight, J. R., Folland, C. K. et Scaife, A. A. (2006). Climate impacts of the Atlantic Multidecadal Oscillation. Geophysical Research Letters, 33, L17706.
- Zhang, R. et al. (2019). A review of the role of the Atlantic Meridional Overturning Circulation in Atlantic Multidecadal Variability and associated climate impacts. Reviews of Geophysics, 57, 316–375.
- Mann, M. E., Steinman, B. A. et Miller, S. K. (2020). Absence of internal multidecadal and interdecadal oscillations in climate model simulations. Nature Communications, 11, 49.
10MDR
Main Development Region, genèse cyclonique atlantique
La MDR est la bande de l’Atlantique tropical où naissent la plupart des ouragans, souvent à partir d’ondes d’est issues d’Afrique. Sa température de surface figure parmi les prédicteurs des prévisions saisonnières cycloniques. Plusieurs variantes de la boîte coexistent : 10–20°N et 20–70°O chez Goldenberg et al. (2001), environ 9,5–21,5°N et 20–80°O chez Bell et Chelliah (2006). La version retenue ici, étendue jusqu’à 85°O, inclut la mer des Caraïbes.
La température de 26,5 °C est le seuil couramment cité depuis Gray (1968) pour la cyclogenèse. Mais c’est surtout l’écart de la MDR à la moyenne tropicale qui gouverne l’intensité potentielle des cyclones (Vecchi et Soden, 2007).
Contexte de la saison cyclonique, de juin à novembre. Routage et sécurité maritime dans l’Atlantique tropical et les Caraïbes. Lecture conjointe avec Niño 3.4 (zone 6) et l’Atlantique Nord relatif (zone 9).
Une MDR chaude est favorable, mais un El Niño renforce le cisaillement de vent au-dessus de l’Atlantique et peut freiner la saison (Gray, 1984). La saison 2023 a illustré cette compétition : chaleur record de l’Atlantique tropical et El Niño, pour une activité finalement supérieure à la normale.
La température de surface n’est qu’un ingrédient : cisaillement, humidité de la moyenne troposphère et couche d’air saharien comptent autant. Les poussières sahariennes refroidissent la surface et peuvent aussi biaiser les mesures infrarouges. Ce n’est ni une prévision ni un indice officiel.
- Gray, W. M. (1968). Global view of the origin of tropical disturbances and storms. Monthly Weather Review, 96, 669–700.
- Goldenberg, S. B., Landsea, C. W., Mestas-Nuñez, A. M. et Gray, W. M. (2001). The recent increase in Atlantic hurricane activity: Causes and implications. Science, 293, 474–479.
- Bell, G. D. et Chelliah, M. (2006). Leading tropical modes associated with interannual and multidecadal fluctuations in North Atlantic hurricane activity. Journal of Climate, 19, 590–612.
- Vecchi, G. A. et Soden, B. J. (2007). Effect of remote sea surface temperature change on tropical cyclone potential intensity. Nature, 450, 1066–1070.
- Evan, A. T. et al. (2009). The role of aerosols in the evolution of tropical North Atlantic Ocean temperature anomalies. Science, 324, 778–781.
LLire les domaines ensemble
Les domaines ont été choisis pour se répondre. Du global au local, Monde, Atlantique Nord relatif puis Gascogne et Manche permettent de décomposer une anomalie près des côtes françaises : part globale, part propre au bassin, part régionale. Le même emboîtement vaut pour la Méditerranée et sa sous-zone Nord-Ouest.
Deux couples relient la surface océanique aux grands modes tropicaux. WTIO et Mogadiscio opposent l’océan ouvert à la frange côtière d’upwelling ; Niño 3.4 et la MDR mettent en regard le Pacifique équatorial et l’Atlantique tropical, dont la compétition gouverne une part de l’activité cyclonique atlantique.
Monde → Atlantique Nord relatif → Gascogne / Manche : l’anomalie locale est-elle globale, nord-atlantique ou régionale ?
Méditerranée → Nord-Ouest : signal de bassin ou anomalie du golfe du Lion et de la mer Ligure ?
Niño 3.4 ↔ MDR, WTIO ↔ Mogadiscio : compétition entre bassins, océan ouvert contre littoral d’upwelling.
- Huang, B. et al. (2021). Improvements of the Daily Optimum Interpolation Sea Surface Temperature (DOISST) Version 2.1. Journal of Climate, 34, 2923–2939.
- Reynolds, R. W. et al. (2007). Daily high-resolution-blended analyses for sea surface temperature. Journal of Climate, 20, 5473–5496.
- Good, S. et al. (2020). The current configuration of the OSTIA system for operational production of foundation sea surface temperature and ice concentration analyses. Remote Sensing, 12(4), 720.
- Hobday, A. J. et al. (2016). A hierarchical approach to defining marine heatwaves. Progress in Oceanography, 141, 227–238.
- OMM (2017). WMO Guidelines on the Calculation of Climate Normals, WMO-No. 1203.
- NOAA/NCEI, Optimum Interpolation SST (OISST) v2.1.