Routage d’ensemble
Ce module permet d’appréhender l’incertitude d’un routage et de repérer
où sur le parcours et comment les différents scénarios météorologiques
peuvent faire diverger la stratégie. L’objectif est de passer d’un « routage unique » à une
lecture probabiliste fondée sur les membres d’ensemble.
Démarrage rapide (30 secondes)
- Chargez le ou les GPX et identifiez l’ensemble analysé : GEFS, ECMWF IFS, ou les deux simultanément.
- Activez le couloir P10–P90 pour visualiser immédiatement la robustesse du faisceau.
- Repérez le début de divergence : c’est le moment où l’écartement devient significatif et durable.
- Repérez ensuite la dispersion maximale : c’est le maximum d’écartement P10–P90, et non le début de la séparation.
- Regardez le Spread ETA, puis les familles si plusieurs branches apparaissent.
- Utilisez la densité pour distinguer les scénarios dominants des branches minoritaires.
1. Lecture des différentes couches cartographiques
Spaghetti : membres d’ensemble
- Chaque ligne correspond à une trajectoire issue d’un membre de l’ensemble.
- GEFS est représenté par un faisceau bleu pastel en tirets fins.
- ECMWF IFS est représenté par un faisceau mauve pastel en trait continu.
- Les deux ensembles peuvent être affichés simultanément ; les commandes ON/OFF permettent d’alléger la carte si nécessaire.
- La lecture spaghetti montre la dispersion brute, les scénarios extrêmes et les routes minoritaires, mais devient naturellement plus difficile lorsque le nombre de membres augmente.
Route de contrôle GEFS
La route de contrôle GEFS est affichée en bleu marine et en tirets. Elle sert de repère pour comparer
les membres, mais elle n’est ni la route la plus rapide, ni nécessairement la route la plus probable
ou la meilleure stratégie.
Route de contrôle ECMWF IFS
La route de contrôle ECMWF IFS est affichée en prune et en trait continu. Comme pour GEFS,
sa position dans le faisceau est une information de lecture, mais ne constitue pas à elle seule une recommandation de route.
Comment interpréter la position d’une route de contrôle ?
- Au cœur du faisceau → le scénario de contrôle est bien soutenu par l’ensemble.
- En bordure du faisceau → le scénario reste possible, mais il est moins représentatif de la majorité des membres.
- Isolée dans une branche → le contrôle appartient à un scénario minoritaire et traduit une forte sensibilité aux incertitudes météorologiques.
Route la plus rapide de l’ensemble
La route correspondant à la durée minimale parmi les membres est mise en évidence en vert.
Elle constitue un repère de performance au sein de l’ensemble, sans préjuger de sa robustesse météorologique.
⚫ Couloir probabiliste P10–P90
Ruban semi-transparent calculé transversalement au parcours de référence.
P10 = borne basse du faisceau ; P90 = borne haute.
- Tube étroit : bonne cohérence géométrique entre les membres.
- Tube qui s’élargit : l’incertitude augmente et plusieurs stratégies peuvent commencer à se distinguer.
- Largeur maximale : point où l’écart transversal P90–P10 atteint son maximum.
🟣 Densité (heatmap)
- Représente la concentration des positions : une zone dense correspond à une trajectoire davantage représentée.
- Les branches peu denses correspondent à des scénarios minoritaires.
Cette couche aide à distinguer un scénario robuste d’une branche marginale et complète la lecture du couloir P10–P90.
Familles de trajectoires
Après le début de divergence, les trajectoires peuvent être regroupées en familles A, B, C ou D.
Les couleurs de familles restent identiques d’un ensemble à l’autre ; c’est le style du trait
qui permet de conserver l’identité du modèle : GEFS tireté, IFS continu.
Attention en affichage GEFS + IFS : les familles sont calculées séparément pour chaque ensemble.
Une « famille A » GEFS et une « famille A » IFS ne doivent pas être interprétées comme une même famille météorologique.
En cas de carte chargée, masquer temporairement un ensemble permet de retrouver immédiatement une lecture claire.
Modèles déterministes en comparaison
Les trajectoires déterministes peuvent être superposées aux ensembles sans entrer dans les KPI probabilistes.
Elles utilisent des couleurs électriques afin de rester immédiatement distinctes des ensembles pastel :
GFS,
ECMWF IFS,
AIFS.
Sélection d’une route et informations météo
Un clic sur un membre met sa trajectoire en surépaisseur sans changer sa couleur. Les points du membre peuvent afficher
TWD / TWS et TWA / SOG, ainsi que la date et l’heure du point. Les barbules suivent la convention météorologique
pour représenter direction et force du vent. Un second clic sur la même route annule la sélection.
2. KPI Ensemble (panneau gauche)
ETA ensemble
Affiche : Min • P10 • Médiane • P90 • Max • Spread en heures.
Lecture opérationnelle (repères rapides)
- Spread < 3 h : dispersion temporelle faible.
- 3 à 8 h : incertitude temporelle modérée.
- > 8 h : dispersion temporelle forte, souvent associée à plusieurs scénarios de route.
Dispersion : trois informations à lire ensemble
- Début de divergence : première portion où l’écartement P10–P90 devient significatif et se maintient.
- Dispersion maximale : position où la largeur P10–P90 atteint son maximum.
- Clustering des familles : il débute à partir du début de divergence, et non au niveau du maximum de dispersion.
Dans l’algorithme actuel, le début de divergence est détecté lorsque la largeur P10–P90 atteint au moins
25 % de la dispersion maximale, avec un plancher de 10 nm, et reste au-dessus de ce seuil sur plusieurs points successifs.
Il s’agit donc d’un critère de détection destiné à repérer le début d’une séparation durable.
Exemple d’utilisation
Illustration du routage ensemble
ETA ensemble
Min : 23/02 02:27
P10 : 23/02 03:10
Médiane : 23/02 06:00
P90 : 23/02 12:24
Max : 23/02 17:49
Spread : 15.4 h
Dispersion maximale
Largeur max P90–P10 : 95 nm
À ~68 % du parcours
Distances / Durées
Dist (nm) min 683 • méd 714 • max 750 (Δ 67)
Durée (h) min 89.5 • méd 93.0 • max 104.8 (Δ 15.4)
Interprétation pour le skipper
- Spread ETA = 15.4 h : dispersion temporelle importante et nécessité d’examiner les branches.
- Dispersion maximale = 95 nm à 68 % : l’écartement transversal atteint son pic à cet endroit.
- Ce maximum ne signifie pas que les routes commencent à diverger à 68 % : le début de divergence doit être lu séparément, en amont.
Distance & Durée
- Statistiques ensemble : min / médiane / max et delta.
- Permet d’évaluer le coût en distance et l’écart de durée entre les différents scénarios.
3. Lecture stratégique sur 3 profils types
Scénario robuste
- Tube étroit
- Densité concentrée
- Spread ETA faible
Lecture : peu de divergence géométrique et temporelle entre les membres.
Scénario bifurqué
- Début de divergence identifiable
- Deux ou plusieurs branches nettes
- Spread ETA important
Lecture : plusieurs scénarios météorologiques conduisent à des stratégies distinctes.
Scénario très dispersé
- Densité diffuse
- Tube large sur une longue portion
- Spread très élevé
Lecture : forte sensibilité du routage à l’évolution météorologique.
4. Début de divergence et dispersion maximale
Ces deux repères répondent à deux questions différentes. Les confondre conduit à placer trop tard le moment où les scénarios commencent réellement à se séparer.
Début de divergence
Premier point où la largeur P10–P90 devient significative et durable. Il marque l’entrée dans la portion du parcours où les membres commencent à constituer des trajectoires réellement différenciées.
- Affichage carte : pictogramme jaune/ambre.
- Affichage KPI : position en % du parcours et largeur P10–P90 associée.
- Usage : point de départ du clustering des familles.
Dispersion maximale
Point où l’écartement transversal entre P10 et P90 atteint sa valeur maximale. Il matérialise l’aboutissement de la séparation géométrique observée sur le parcours.
- Affichage carte : pictogramme rouge.
- Affichage KPI : position en % du parcours et largeur P90–P10 maximale en nm.
- Usage : mesure de l’amplitude maximale de la dispersion.
Illustration
Lecture pédagogique :
le jaune indique quand la séparation devient significative ;
le rouge indique où cette séparation atteint son maximum.
Le maximum de dispersion n’est donc pas le point de départ des familles : celles-ci peuvent s’être structurées nettement en amont.
5. Familles (clustering) des routes
Principe
Le clustering est calculé à partir du début de divergence. Avant ce point, les routes sont encore trop proches et leur géométrie commune pourrait dominer artificiellement la classification.
Méthode : k-medoids
La méthode PAM (Partitioning Around Medoids) est adaptée au regroupement de trajectoires :
- elle est robuste aux outliers et scénarios rares ;
- le centre d’une famille est une route réelle (médoïde), et non une moyenne théorique ;
- la distance utilisée est géométrique, de type RMS, sur la portion de trajectoire considérée.
Pourquoi est-ce différent de k-means ?
- K-means : centre = moyenne.
- K-medoids : centre = membre réel, ce qui convient mieux à des routes ou portions de route.
Réglage du nombre de familles
Par défaut : k = 3 (sélecteur k = 2 à 4).
- k=2 peut être trop réducteur si une troisième branche faible mais structurée existe.
- k=3 peut être artificiel si l’ensemble est réellement bimodal.
- k=4 est utile lorsque plusieurs branches nettes et une branche minoritaire apparaissent.
Informations affichées par famille
- pourcentage de membres ;
- ETA médiane ;
- distance médiane ;
- durée médiane.
Utilisation recommandée
- Identifier le début de divergence.
- Observer la dispersion maximale et son amplitude.
- Examiner les % par famille.
- Comparer les ETA médianes, distances et durées.
- Revenir aux champs météorologiques pour comprendre ce qui distingue les branches.
6. Réglages avancés et outils
« Produits ensemble » : réglage du tube (40 à 120 points)
Ce paramètre contrôle le nombre de points utilisés pour échantillonner le parcours et mesurer la dispersion transversale.
Le même calcul alimente le couloir P10–P90, le début de divergence, la dispersion maximale et le clustering.
Valeur basse (40–60)
- Calcul plus rapide
- Tube plus lissé
- Lecture synthétique
- Moins sensible aux petites variations
Idéal : vision stratégique globale.
Valeur haute (80–120)
- Analyse plus fine
- Tube plus détaillé
- Meilleure détection des pics
- Repères de divergence plus localisés
Idéal : analyse tactique détaillée.
Réglage de la grille de densité (10 à 50 km)
- 10–20 km : très détaillé, met en évidence les micro-branches mais peut devenir visuellement bruité.
- 30–50 km : plus lissé, adapté à la lecture des grandes tendances sur une traversée océanique.
Affichage simultané GEFS / ECMWF IFS
Les deux ensembles peuvent être chargés en même temps. Le panneau permet d’activer ou de masquer chacun d’eux et de choisir
celui dont les KPI sont affichés. Pour une lecture claire, il est recommandé d’analyser les familles d’un ensemble à la fois lorsque les faisceaux se superposent fortement.
Règle marine A–B
Les deux repères A et B sont déplaçables. La règle affiche la distance en milles nautiques et le
relèvement A → B de 000° à 359°. Elle constitue un outil de lecture indépendant du calcul des routages.
7. Limites & évolutions
Limites actuelles
- La pertinence du produit dépend directement de la qualité et de la dispersion des ensembles GEFS et ECMWF IFS chargés.
- Les phénomènes de micro-échelle mal représentés par les modèles d’ensemble peuvent rester insuffisamment capturés : convection locale, effets côtiers, limites nuageuses ou pluvieuses, etc.
- Le début de divergence repose actuellement sur un critère automatique (25 % du maximum, plancher 10 nm, persistance sur plusieurs points) : c’est un repère d’aide à la lecture, pas une frontière météorologique objective.
- Le clustering reste limité à 2 à 4 familles et nécessite une interprétation humaine du nombre de branches réellement pertinentes.
- En affichage simultané GEFS + IFS, les familles des deux ensembles doivent être interprétées séparément.
Évolutions possibles
- aide automatique au choix de k pour le clustering ;
- histogramme ou distribution graphique des ETA ;
- détection de divergence enrichie par des critères météorologiques, et pas uniquement géométriques ;
- synthèse comparative GEFS / IFS / déterministes sur une même échéance.